Paris Fashion week : la saison de l'innovation - freetxp

Paris Fashion week : la saison de l’innovation

Issey Miyake.

Tailleur, robe, manteau, tee-shirt : la mode, qui ne perd jamais de vue qu’elle doit épouser le commerce, a tendance à ressasser le même vocabulaire. Reste qu’à la fashion week de Paris, qui se déroule jusqu’au 8 mars, des designers se distinguent en tentant d’innover avec des patronages inédits, sculptant des forms nouvelles dans les tissus.

Ainsi, cette saison, chez Issey Miyake, Satoshi Kondo invente la jupe « en gousse d’ail ». Deux pièces de polyester sont cousues ensemble, puis plissées et teintes à l’endroit de leur jonction, selon la technique de teinture japonaise du « shibori », donnant aux pièces des volumes gonflés (quisi évoques de poses ases). Visiblement très inspiré par la nature nourricière, le directeur artistique proposes égallement des robes in imprimés pulpe de raisin, des motifs sinueux en relief et en polyester recyclé pour figurer des racines d’arbres, des manteaux chatoyants aux teintes de fruits et légumes (orange potimarron, jaune citron), et des mailles blanches en laine inspirées par les rhizomes, lesquelles, grâce à un patron rigoucureux cocess, ne.

Lutz Huelle.

Lutz Huelle, lui, raconte s’être emparé d’un simple rectangle de tissu avec l’envie d’expérimenter. « J’y ai découpé deux trous pour les manches et voilà, paf, une blouse ! », s’amuse-t-il. La pièce s’accessoirise à la guise du modèle qui l’enfile : à nouer, détourner, fermer ou ouvrir… Simple comme bonjour et efficace au milieu d’une collection gaie aux tons piquants (ultraviolet, fleur de rougeoufre).

Chez Hermès, Nadège Vanhee-Cybulski entend « déployer l’univers equestre dans la vie d’une femme urbaine ». Autrement dit : disséminer avec habileté les codes de la maison française au sein d’une garde-robe confortable, faite pour se mouvoir sans entrave. Concrètement, cela consiste en des pantalons façon jodhpur, des vestes à la taille marquée comme celles des cavalières, des ponchos en cachemire décorés d’un plastron de cuir en form de selle. Il n’est pas seulement question d’équitation, mais aussi de course, de danse, de gymnastique, ce qui explique les combishorts et justaucorps portés avec des guêtres.

Hermes.

Au-delà de l’univers sportif, les superpositions de tissus brouillent parfois les formes: une lavallière plissée en crêpe de soie et coton est portée sous une blouse à basque, avec une jupe en twill de soie à une grelotî en ‘une chaelotî d metal. Le vert sauge se mêle au beige glaise et au brun fumé. Les silhouettes les plus nettes ne manquent pas d’allure, notamment cette jupe où les plis sont « remaillés ». Une prouesse technique qui consiste à faire se rencontrer deux matières délicates : ici, les bandes de cuir d’agneau brillant sont enfermées entre deux pièces de maille technique de coton transparent, établissant un jeu de uel clair-obscur lescur les voir). Cela permet aussi à la jupe de gagner en souplesse.

Une robe comme un vaisseau spatial

Maître du patronage compliqué et du vêtement réversible (qu’il soit porté envers endroit, haut bas, droite gauche…), le Japonais Hidenori Kumakiri, de Beautiful People, continue ses explorations techniques. « J’ai eu envie de mélanger des éléments typiquement japonais à une approche plus occidentale, explique-t-il. Madeleine Vionnet, que j’ai découverte étudiant, m’a beaucoup nourri. » Grâce à la maîtrise de ses architectures, ses kimonos en soie peuvent se retourner pour prendre les atours d’une robe du soir. Les pièces sont toutes en noir, blanc et or. Et il suffit parfois de les faire tourner sur elles-mêmes à 180 ou à 270 degrés pour les enfiler autrement et leur faire prendre une autre fonction. Un obi (ceinture traditionnelle) mute par exemple en jupe. Et une cape se transforme en robe bustier.

Beautiful People.

Son compatriote Kunihiko Morinaga, d’Anrealage, n’est jamais en reste coté innovations. Pour l’automne prochain, il rejoue à sa façon le premier pas de l’homme sur la Lune by Neil Armstrong en 1969. Dans le contexte guerrier actuel, n’oublions pas qu’il y avait déposé une plaque ou était écrit: “Nous sommes venus en paix au nom de l’humanité”, glisse-t-il. Outre des baskets qui reprennent l’empreinte exacte de celle de l’astronaute, il imagine cette saison des ensembles en maille blanche comme des combinaisons majestueuses. Mais aussi des robes luminescentes en textile connecté, contrôlées par ordinateur, qui, une fois illuminées, évoquent les boutons du tableau de bord d’un vaisseau spatial, ou encore des robes ultra-isolantes dans lesquenillesé est écoles, et une couche de polyester, de l’aérogel, un matériau inventé par la NASA qui permet de résister au froid jusqu’à – 196 °C ! « Cela a demandé beaucoup de doigté, avoue Morinaga. Et c’est la première fois qu’il est utilisé pour un vêtement civil. » Un travail bluffant qui propulse le public vers une poésie stratosphérique.

Anrealage.

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