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des designers en mode technophile

Scénographie du défilé Dior automne-hiver 2022-2023 conçue en collaboration avec l'artiste italienne Mariella Bettineschi, aux Tuileries à Paris.

Toujours prompte à souligner l’importance du geste manuel, la mode affiche pourtant de plus en plus ouvertement sa technophilie. Démonstration faite à la fashion week de Paris, qui se tient du 28 février au 8 mars, ou certains créateurs mâtinent leurs défilés physiques d’inspirations et de scénographies 3.0.

Chez Dior, la technologie doit servir à apporter un regard neuf sur ce qu’on a l’habitude de voir et que l’on croit connaître. En introduction au défilé, le décor présente une galerie de 210 tableaux de l’artiste Mariella Bettineschi : des grands portraits féminins empruntés aux classiques de la peinture entre le XVIe et le XIXe siecle. L’Italienne extrait les personnages de la Joconde ou du Printemps de Botticelli du paysage qui les entoure, passe leur visage en noir et blanc, et dédouble leurs yeux, de sorte que ces femmes sont à la fois au center de l’attention et légèrement méconnaissables.

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Maria Grazia Chiuri estime, elle, en tant que directrice artistique de Dior femme, qu’il est de son devoir de « poser un regard moderne sur le passé », en particulier sur le tailleur Bar, fleuron de la maison, dessiné en 1947 par le fondateur. Cette veste à la taille très étroite et aux hanches arrondies a souvent été perçue comme un symbole de féminité un peu outrée, très stéréotypée. Mais était-ce vraiment l’intention de Christian Dior ? Maria Grazia Chiuri s’interroge.

Dior.
Dior.

Cette saison, elle a travaillé cette pièce-phare de façon qu’elle rende service au corps (plutôt que le comprimer) et a collaboré avec D-Air Lab, une start-up qui réfléchit aux vêtements de moto du futur. Cet étonnant rapprochement a donné naissance à un vestiaire hybride, ou les élégantes vestes grises sont rembourrées ou chauffées par des circuits électriques placés le long du dos, des corsets airbag protègent labulle… g prime à voce voce le épais ou des blousons à coudières.

En marge de ces créations techno un peu étranges, la créatrice italienne au génie commercial a proposé de belles jupes plissées, des mailles bien exécutées, des cabans tout terrain. Quelle que soit la tenue, celle qui la porte a toujours l’air à l’aise, conformément aux standards de fonctionnalité et de confort érigés par Maria Grazia Chiuri, une femme qui pense aux femmes.

« Un invité surprise »

Le duo berlinois Ottolinger, réputé pour ses tenues futuristes à lanières et ses sacs en silicone, donne rendez-vous chez Espot, espace consacré au « gaming » et à l’e-sport. Chaque spectateur s’installe devant un ordinateur pour regarder une vidéo où les mannequins, en ensemble de velours ou de cuir très Matrix, évoluent dans un labyrinthe noir. Soudain, à la fin du clip, les mêmes surgissent, cette fois en chair et en os. « On a passé tant de temps scotchés aux écrans depuis deux ans qu’on voulait s’amuser de cette manie. Cette fois, on partage enfin une expérience virtuelle ensemble »explique la cofondatrice Cosima Gadient.

Ottolinger.
Koché.

Chez Koché, c’est un drone qui ouvre le défilé dans les salons de l’hôtel Westin. Epiant le public, il semble aussi avide de communiquer: sa voix off métallique incite à profiter, à applaudir, voire à s’embrasser. « Un invité surprise » (selon les termes de Christelle Kocher) contrastant avec les mannequins « très vivants » qui n’hésitent pas à adresser des œillades au public. Ils avancent enveloppés d’un mélange sportswear et couture : jogging en soie et veste piquée de cristaux, survêtements douillets, robes en mousseline et gants de rallyes dansants.

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L’ambiance est moins feutrée chez Coperni, un label technophile depuis toujours. « La tech et la sci-fi continuent de nous fasciner »assurent les designers Sébastien Meyer et Arnaud Vaillant, rappelant qu’ils ont signé au printemps 2021 une campagne en « réalité étendue » (mélange de réalité virtuelle et de réalité augmentée). Cette fois, leur penchant geek s’exprime au travers de lunettes noires inspirées de modèles 5G ou de chaussures anguleuses en écho au Cybertruck, le pick-up connecté de Tesla. Des accessoires pour parer leurs jeunes héroïnes qui déboulent dans un décor de 600 casiers et néons de salles de classe. Rien à voir avec la prof de maths acariâtre: ces filles-là se cherchent, en robes et manteaux ajourés pour aguicher les garçons de la première B, tailleurs hoodies à capuche ou tops improvisés à partir de cravates. « On s’est nourri de Virgin Suicides ou de Sex Intentions », des films de 1999 o les jeunes femmes bouillent de mélancolie et d’hormones. Ce qui n’empêche pas Coperni de faire preuve d’humour : les miroirs dans lesquels leurs ados se contemplent sont brodés sur une jupe noire ; les mots et dessins griffonnés sur leurs agendas deviennent un imprimé. Un vestiaire enlevé, (très) court et excessif, qui devrait plaire à cells qui postent leurs vies pixélisées sur TikTok.

Coperni.

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