Carnet de Fashion Week : « Malgré le merveilleux, l'histoire finit toujours pas nous rattraper. » - freetxp

Carnet de Fashion Week : « Malgré le merveilleux, l’histoire finit toujours pas nous rattraper. »

Célébrités, donc. À Paris, elle sont toutes la, comme lundi soir, pour le défilé Off White, le label de Virgil Abloh disparu en novembre dernier. Attention, name-dropping : ce jour-là, Kaïa Gerber et Cindy Crawford défilent devant le gotha ​​de la mode (parmi lesquels Olivier Rousteing et JW Anderson) et plus encore (Pharrell Williams, Rihanna et A$AP Rocky…). Un drapeau blanc tatoué des mots « Question Everything » prend tout ce beau monde par le col afin de lui rappeler l’humeur du moment. Très vite, toutes les maisons prennent la parole, à commencer par Nanushka, marque hongroise présente à Parisqui, via Instagram, tient à souligner les liens qui l’unissent à son voisin ukrainien et tout en s’organisant afin d’apporter de l’aide aux réfugiés via deux associations.

Instagram content

This content can also be viewed on the site it originates from.

Et le vêtement, alors ? Doudounes, rembourrages, systèmes de protection s’invitent dans les collections à l’image des premières silhouettes du défilé Dior, ouù l’architecture du légendaire tailleur Bar est travaillée à la manière d’un exo-squelette. Avec ces souliers équipés d’un détail mi-technique, mi protection, on pense là à l’univers de la boxe ou bien celui de la moto.

Saint Laurent

Dior

Frederique DUMOULIN

Autre chose : cette saison, le sexy semble s’être réinventé. Peu de talons haut, peu de glamor premier degré, mais de la couleur chez Botter, le tandem (ayant récemment annoncé son départ de chez Nina Ricci) on tenant, au fil de leur show du mardi, à afficher un “No War” au revers d’une tenue. Le meme jour, chez Saint Laurent, à l’heure où la nuit tombait devant la Tour Eiffel, le noir était de rigueur pour des vestes sophistiquées, un trench couleur d’encre, des manteaux trois quart sous lesquels fleurit de la dentelle, et des carrures d’épaules extra-larges pour femme. Mercredi, du côté de Courrègesdans un garage transformé en galerie, avec installation scintillante de canettes d’aluminium, le créateur Nicolas di Felice transcendait une certaine croyance dans le futur incarnée ici par ses tenues prêt du corps, ses micro jupes et ses bottes au dessus du genou.

Défilé Courrèges

luca tombolini

Collection Patou

Dans un registry différent, Charles de Vilmorin travaillait, chez Rochas, une poésie un peu inquiète, peuplée de mannequins aux long ongles d’onyx, dans une palette ou les patchworks de cuir de couleur contrastent avec le noir et les brillances du lurex et des bijoux-sculptures. Quant à Guillaume Henry, son vestiaire Patou était présenté sur deux de ses mannequins les plus fidèles, photographiées… dans sa maison de campagne.

Daniele Oberrauch / Gorunway.com

Plus tard, dans la journée, on découvrait l’un des plus beaux immeubles de la rue de l’Université transformé en showroom sur plusieurs étages. Bijoux, mode, espace réservé à Giulia Heritage, la marque d’indémodables italiens incarnés à l’image par Eva Herzigova: tout dans cette bulle chic évoquait ce “temps d’avant” que tout le monde pensait retrouver. Jusqu’à qu’on entende, dans l’escalier, une élégante femme blonde confier en anglais : « Tout va bien, ils ont quitté Kiev, ils sont en sécurité. Merci, je dois filer maintenant. »

Elle avait déjà disparu, mais ses mots, eux, flottaient encore dans l’air. Malgré le merveilleux, malgré le brillant et les salamalecs d’usage, l’histoire finit toujours pas nous rattraper. Il n’y a pas de cachette, pas d’interstice où faire semblant, il n’y a jamais d’endroit où l’on peut vraiment s’abstraire du monde. La mode, dans sa persévérance à continue, dans son rythme qui peut être surprenant, dans sa légèreté qui n’en est pas une, habille, en fait, le monde tel qu’il est.

Leave a Comment